Tu vis loin de la ville et tu es malheureuse, loin de la ville aux mille promesses et tu te crois pauvre en vivant avec les tiens.
Mais lorsque tu vivras comme ceux qui ont grandi dans les villes, tu n'entendras plus la plante te dire '' Mange-moi", tu demanderas plus à l'animal
d'apaiser ta faim.
Le sol sera si dur que tu voudras courir sans t'arrêter, trop loin...
Il n'y aura ni mousse pour t'étendre ni arbre pour appuyer ton dos. Tu ne pourras apaiser le feu de ta gorge en puisant l'eau au creux de ta main; un
liquide dans une bouteille te brûlera la langue, affaiblira ton esprit et fera se languir ton coeur pour l'eau fraîche d'une source.
Un millier de petits soleils, qui ne se couchent jamais, luiront tout autour de toi, mouilleront tes yeux de larmes. Le vent ne portera plus les messages
des terres lointaines et l'âcre odeur d'innombrables machines te prendra à la gorge, comme celle de mille putois enragés.
Tu lèveras les yeux au ciel en prière, pour que tombe la pluie. Tu verras plutôt, par-delà la cime des arbres, se dresser une autre ville entre toi et ton
étoile guide. Alors..... Où donc les gens de la ville gardent-ils leurs morts ?
Du plus profond de toi montera la nostalgie des jours de ton enfance, tes doigts
s'agripperont à la dent sacrée cachée dans la poche de ton manteau. Mais le train qui t'aura emmené en ville aura laissé derrière lui l'esprit qui guide les chasseurs perdus en forêt.
Tes yeux chercheront en vain à voir le soir s'égoutter comme du miel sauvage sur les rayons du soleil couchant. Tes narines frémiront au souvenir de
l'odorante vapeur des cascades montantes de canyons de ton enfance.
Debout au coin d'une rue, au milieu de la clameur, tu pencheras la tête, désespérée, parce qu'en toi, ce désir inassouvi de caresser le canoë que ton père a
sculpté lorsque tu es née.
Tu regarderas tout autour: rien te sera familier. Lorsque tes jambes auront perdu leurs forces, tu reconnaîtras ton frère à l'ombre tordue que son corps
jetté au coin d'une rue, dans une ville, où les gens se croisent sans savoir les larmes qu'ils ont au fond des yeux.
Chef Dan George (extrait des plaines du ciel)